Julien Blaine
« Ambiguity is beautiful* »
in: Journalsousofficiel.free.fr, n° 045, Thermidor 2010
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http://journalsousofficiel.free.fr.
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Je rentrai là, dans un jardin sur les hauteurs de la Corniche, à l’aplomb de la fausse monnaie, rue des flots bleus chez Pamela King qui venait de créer son nouvel espace :
The American Gallery
dans la salle du fond au-dessous du jardin Patrick Guns présentait une vidéo et quelques images à « propos » des derniers repas des condamnés à mort (je cite) :
Il y a quelques année je découvrais que les derniers repas commandés par les condamnés à mort (...) étaient accessibles et lisibles sur le site Web du département de la justice du Texas.(...) j’ai proposé à un Chef de grande renommée, (...) de choisir un repas selon son affinité culinaire. (...)
Cette présentation de son travail s’accompagne de quelque commentaires que je n’ai pas retenus mais que vous pourrez retrouver sur son site :
www.patrickguns.com
ou sur ceux des galeries qui présentent ce travail :
la galerie of Marseille en association avec la galerie Polaris.
Immédiatement me sont revenus à l’esprit cette campagne de United Colors of Benetton : des portraits des condamnés à mort et plus encore les portraits des regards des condamnés à mort Made in USA...

En légende :
It’s hard to keep on hoping every day
(c’est dur de garder espoir chaque jour)
avec cette autre précision :
we, on the death row
(nous, dans le couloir de la mort)
et sous chaque portrait au-dessous du logo Benetton :
sentenced to death
(condamné à mort)

Ainsi une marque italienne de maille et de tricots peut faire « sa » publicité et préparer sa nouvelle collection automne-hiver sur des photographies de condamnés à mort américains
A quoi je pense ?
comment j’y réfléchis ?
une superbe habilité ?
une magnifique idée ?
cette campagne pourrait-elle comme le prétendit le photographe Oliviero Toscani viré de Benetton après cette campagne...
un cynisme cupide ?
une dénonciation d’une barbarie toujours en « pratique » ?
En tout cas le résultat est fort, d’autant plus dur qu’au bas de la photo on donne l’identité du condamné, sa date de naissance (certains sont encore des adolescents), son crime et la manière dont Il sera exécuté...
ça c’est l’histoire d’Oliviero Toscani, un photographe publicitaire qui se proclame artiste. Et me voilà dans le jardin américain de la galerie américaine...
A quoi je pense ?
comment j’y réfléchis ?
une superbe habilité ?
une magnifique idée ?
cette exposition pourrait-elle comme le prétend l’artiste Patrick Guns une apologie de la Vie face à la mort décidée ?
un cynisme cupide ?
une dénonciation d’une barbarie toujours en « pratique » ?

En tout cas le résultat est fort, d’autant plus dur qu’à côté de la photo du cuisinier Guns inscrit dans des typographies banales ces derniers menus réclamés. des menus modestes et simples le plus souvent. Ça c’est l’histoire de Patrick Guns, un artiste belge plutôt vidéaste que plasticien.
J’ai trouvé dans ce rapprochement une qualité nouvelle après les thèses d’une incroyable arrogance et suffisance du postmodernisme et les futilités prétentieuses de la parodie un bel aspect de l’art contemporain en tout cas un aspect intéressant : l’ambiguïté.
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*l’Ambiguïté est belle
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J.B. juillet 2010